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Le concept de troisième lieu appliqué aux bibliothèques

A l’heure du numérique, la bibliothèque ne vise plus à s’ériger en temple du savoir et de la culture, mais les usages qu’elle propose  (souvent orientés vers les pratiques individuelles) rebutent certains.

La nécessité de lieux de sociabilité

De nos jours le rôle et la fréquentation des marchés et des églises se délitent selon Michaël Zeeman, journaliste et philosophe hollandais, le lieu de la bibliothèque reste donc celui d’une mixité génératrice de liens. La mutation actuelle des bibliothèques vers une dimension plus sociale impulse ce concept de troisième lieu. Un des signes avant-coureurs est la création d’espace-café en leur sein.

Mais outre la création de cafés dans ces structures, d’autres aspects sont caractéristiques du concept de la bibliothèque troisième lieu.

Les caractéristiques de la bibliothèque troisième lieu

En effet, tandis que l’informatique développe le dématérialisé, cette nouvelle forme de bibliothèque prend le parti du physique, du tangible, se voulant souvent symbole d’un ancrage sur un territoire et remplissant une mission citoyenne. Dès lors, les différents espaces géographiques d’une  bibliothèque troisième lieu sont primordiaux, ils se doivent d’être en adéquation avec  la diversité des pratiques des usagers et de prendre en compte les possibilités d’animations, d’expositions qui s’y dérouleront. Le découpage spatial peut proposer aussi bien des niches individuelles que des zones de rencontre permettant la cohabitation de tous.

La bibliothèque troisième lieu reste un lieu social qui accorde une attention particulière au  vivre ensemble. Le confort de la structure, mais aussi des relations, augmente la durée de séjour des usagers dans les différents espaces.

Outre ce terrain agréable c’est l’humain qui reste au centre de toutes les démarches. L’offre doit être riche, variée, et non discriminatoire dans les différents supports ou thèmes abordés. L’horizon des possibilités est élargi. L’usager peut donc, par des voies variées, accéder à la culture.

Ainsi, selon Claude Poissenot  la bibliothèque doit graviter autour des usagers en proposant des collections sur divers supports et pour tous les lecteurs, ceci en légitimant les multiples usages des espaces. L’amplitude horaire et l’accessibilité doivent être conséquentes, la gratuité de rigueur. Cependant dans les faits le portrait de ce nouveau modèle de bibliothèque possède seulement peu d’exemples de réalisation. Les quelques exemples illustrent, par la séparation des espaces,  la distinction que fait le sociologue Bernard Lahire entre culture chaude (détente, loisir, convivialité) et culture froide (individualisme et étude). Le modèle prôné étant prescripteur,  c’est alors que fleurissent les « lieux passerelles » dans plusieurs bibliothèques de France comme à la médiathèque Cabanis de Toulouse, à la médiathèque La Clairière de Fougères ou encore à la médiathèque Croix-Rouge de Reims.

La bibliothèque 3e lieu : en pratique

La bibliothèque troisième lieu ne peut pas avoir les mêmes règles qu’une bibliothèque traditionnelle. En effet, la médiathèque centre-social Yves Coppens de Signy-l’Abbaye place l’humain au centre de ses démarches en offrant des services à la personne (accompagnement dans les démarches d’insertions, disposition d’une salle pour l’accueil des loisirs sans structures fixes) tout en entretenant des partenariats avec les associations du village et en proposant diverses utilisations du lieu : un salon-cafétéria, une salle pour les adolescents avec une table de ping-pong, un baby-foot, une ludothèque… Ces services sont sources de bruit et de mouvement. La médiathèque centre-social Yves Coppens a choisi de mettre en place un règlement plus souple compte tenu des activités qui s’y déroulent. L’établissement, construit en fonction des attentes des habitants, possède une politique adaptée et un personnel qui se compose de bibliothécaires comme d’animateurs. Dans la continuité de l’esprit de centre-social, la création de comités de réflexion se composant d’usagers volontaires est envisagée.

Enfin en Europe du Nord la séduction et le marketing se développent dans les bibliothèques troisième lieu. L’architecture est moderne, le mobilier attirant, confortable. Alors que ces stratégies proches des techniques commerciales considèrent de plus en plus l’usager comme client, les objectifs de la structure ne sont pas pécuniaires. En effet se sont des voies variées qui sont proposées ici pour permettre un autre accès à la culture.

Ainsi, les Idea Stores, les Discovery Centers, la DOK ou encore l’OBA sont l’image du passage à un autre type d’établissement. Cette mutation reflète la société du 21e siècle.

Pour consulter les articles de référence:

BBF-Les bibliothèques troisième lieu: Une nouvelle génération d’établissements culturels, par Mathilde Servet

BBF-La bibliothèque comme lieu de vie et non d’interdits, par Emilie Dauphin

BBF-La nouvelle bibliothèque : Contribution pour la bibliothèque de demain, par Jean Claude Utard

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