L’initiation au code informatique est devenue récemment une véritable question de société. Dans de nombreux pays, dont la France depuis la rentrée 2015, il a même été décidé de l’intégrer dans les programmes scolaires, et ce dès l’école primaire. On est toutefois en droit de s’interroger : quel est l’intérêt d’initier le grand public au code et à la programmation informatique et en quoi cette question concerne-t-elle les bibliothèques ?

Un défi pour demainartificial-intelligence-503593_960_720

Dans une société où les outils numériques occupent une place croissante, il semble certes nécessaire de savoir utiliser ces outils mais aussi de comprendre comment ils fonctionnent.

Alors qu’on parle encore de fracture numérique, surtout concernant les franges de la population les plus âgées ou les plus défavorisées économiquement et socialement, l’initiation au code informatique peut permettre de dédramatiser le rapport à l’informatique et de désacraliser le fonctionnement d’un outil souvent vu comme inatteignable ou mystérieux.

L’initiation au code relève d’une démarche de vulgarisation des sciences de l’informatique et fera probablement bientôt partie des savoirs fondamentaux dont chaque individu aura besoin pour mieux comprendre le monde qui l’entoure et les techniques qu’il utilise au quotidien. Propager le plus largement possible ce type d’apprentissage relève donc aussi d’un souci d’égalité des chances : pour les jeunes générations, être initié aux savoirs et aux savoir-faire numériques constituera demain un atout précieux, tant pour leur développement personnel que pour leurs perspectives professionnelles. Il apparaît donc important que les institutions publiques s’en emparent et veillent à ce qu’aucune portion de la population ne soit laissée à l’écart de ces évolutions.

Autre argument régulièrement avancé : en donnant les moyens aux citoyens de s’emparer du code informatique, on œuvre pour développer la conscience du potentiel de chacun. Le credo sous-jacent a donc une portée démocratique : nous pouvons tous nous emparer de cet outil qu’est le code informatique pour créer et inventer des « objets numériques » en tous genres… Il s’agit de renverser notre rapport aux technologies numériques et de comprendre que nous pouvons être des acteurs du numérique et non pas seulement des consommateurs passifs, potentiellement vulnérables et manipulables.

Comme conséquence directe de cette prise de conscience, on voit aujourd’hui se développer un certain nombre de projets – portés par la communauté éducative mais aussi par des associations, des fondations ou des acteurs publics – pour transmettre au grand public des moyens de « penser » mais aussi « faire le numérique ».

Et les bibliothèques dans tout ça ?

books-942485_960_720En tant qu’institution publique œuvrant pour l’accès au savoir et à la connaissance, il apparaît tout naturel que les bibliothèques s’engagent dans la diffusion des savoirs informatiques. Les ateliers d’initiation au code s’inscrivent bien, en effet, dans une démarche de diffusion des connaissances, de réduction des inégalités d’accès au savoir, mais aussi d’anticipation et de suivi des évolutions culturelles.

L’intérêt manifesté par de nombreuses bibliothèques pour les savoirs informatiques et numériques s’explique aussi par une volonté de faire évoluer l’image des bibliothèques : il s’agit de montrer que celles-ci suivent les évolutions de leur époque mais aussi qu’elles ne dédaignent pas la culture scientifique et technique (les bibliothèques étant traditionnellement plutôt associées à une culture littéraire et artistique).

Cet intérêt n’est toutefois pas nouveau : beaucoup d’établissements se sont déjà emparés de ce rôle, en proposant des postes informatique, des ressources et ouvrages sur le sujet mais aussi des ateliers multimédias. En ce sens, les bibliothèques ont déjà largement contribué à la réduction de la fracture numérique. Mais leurs efforts ne sont pas terminés et l’on voit les ateliers proposés se diversifier au fur et à mesure qu’apparaissent de nouveaux besoins. D’abord centrés sur les usages basiques des technologies numériques (bureautique, navigation internet, usage des réseaux sociaux), les ateliers numériques des bibliothèques se font aujourd’hui plus pointus et attirent des publics divers, qui ne sont plus forcément restreints aux purs novices. Initiation au code informatique, bien sûr, mais aussi découverte de logiciels, découverte d’applications sur tablettes tactiles, robotique, jeux vidéos… Les possibilités sont vastes ! À ce titre, le programme du festival Numok des bibliothèques de Paris donne un bel aperçu de la diversité des animations qu’il est possible de proposer autour du numérique.

« L’Heure du code » en bibliothèque

La bibliothèque municipale de Montreuil a été le premier réseau à tester le programme des « Voyageurs du code », conçu par l’ONG Bibliothèques Sans Frontières. L’initiative a ensuite essaimé dans toute la France, au fur et à mesure que la communauté des « Voyageurs du Code » s’est développée : à Bordeaux, Rennes, Strasbourg, en Île de France, à Nîmes, Nantes et bien d’autres villes encore. Les membres bénévoles des Voyageurs du Code se rassemblent en clubs et proposent, entre autres, d’intervenir en bibliothèque pour animer des ateliers d’initiation à la programmation ou former des personnes souhaitant en animer.faculty-979902_960_720

S’appuyant ou non sur des partenaires extérieurs, de nombreuses expérimentations ont donc vu le jour en bibliothèque, sous la forme de « Coding goûters » ou « Heure de code » (appellation lancée par l’association Code.org mais qui, par un heureux hasard, fait écho à la traditionnelle « Heure du conte » en bibliothèque !).

Concrètement, comment s’y prendre ?

Malgré tout l’enthousiasme du monde, il apparaît évident qu’un bibliothécaire n’est pas censé s’improviser programmeur informatique ! Certains établissement auront la chance de compter dans leur équipe des médiateurs numériques et pourront s’appuyer sur ces personnes pour concevoir et animer des ateliers d’initiation au code informatique.

De nombreuses ressources sont disponibles en ligne pour aider à mettre en place des activités à la fois ludiques et créatives, qui permettent de s’approprier de façon plaisante le raisonnement informatique et ses langages. On peut ainsi consulter l’onglet « Ressources » du site des Voyageurs du code, la plateforme « Code-decode », ou encore le site de l’association Code.org (qui est à l’origine du programme mondial « Hour of Code »).

À défaut de personnel spécialisé ou prêt à se lancer dans l’aventure, il est aussi possible de faire appel à des organismes-ressource. Des bibliothèques ont ainsi mis en place des partenariats avec des acteurs associatifs comme la communauté des « Voyageurs du Code » évoquée ci-dessus.

En complément de ces ateliers, il est bien sûr important de développer une offre documentaire et de proposer aux usagers des ressources d’initiation et d’apprentissage qu’ils pourront utiliser de façon autonome. On peut aussi imaginer inscrire ces ateliers dans un cycle thématique plus large consacré à la culture numérique et programmer autour de ce thème des conférences, débats, rencontres, animations diverses… Cela peut être l’occasion de faire de la bibliothèque un lieu d’échange et de réflexion sur des questions d’actualité telles que l’impact des nouvelles technologies sur la construction et la diffusion de l’information, la culture du « libre », la surveillance sur internet, la marchandisation des données personnelles, etc. Autant de réflexions qui permettront de favoriser un usage conscient et éclairé des technologies numériques et d’internet.

Sources :

A., Isaline. Sophie Hupin nous raconte son engagement. In Voyageurs du Code [en ligne]. [consulté le 24 mai 2016]. http://voyageursducode.fr/blog/sophie-hupin-nous-raconte-son-engagement.html

ANÉ, Claire. Prenez une heure pour apprendre le code informatique. In Le Monde [en ligne]. 11 décembre 2014 [consulté le 24 mai 2016]. http://www.lemonde.fr/campus/article/2014/12/11/prenez-une-heure-pour-apprendre-le-code-informatique_4536540_4401467.html

CHUNG, Émilie. Initiation du grand public au code : l’action des bibliothèques de la Ville de Paris [entretien avec Cécile Quach, conservatrice des bibliothèques]. In Toxicode [en ligne]. 07 janvier 2015 [consulté le 24 mai 2016]. http://blog.toxicode.fr/initiation-du-grand-public-au-code-linterview-de-cecile-quach/

DRECHSLER, Michèle. L’apprentissage du codage à l’école. In RÉSEAU CANOPE. Savoirs CDI [en ligne]. Janvier 2016 [consulté le 24 mai 2016]. https://www.reseau-canope.fr/savoirscdi/cdi-outil-pedagogique/conduire-des-projets/activites-pluridisciplinaires/lecriture-numerique/lapprentissage-du-codage-a-lecole.html

FOURMEUX, Thomas. Le code en bibliothèque. In FOURMEUX, Thomas. Biblio Numericus [en ligne]. 07 juillet 2014 [consulté le 24 mai 2016]. http://biblionumericus.fr/2014/07/07/le-code-en-bibliotheque/

POINSOT, Nicolas. Aller à la médiathèque pour apprendre à programmer. In MÉDIATHÈQUES de STRASBOURG. L’@ppli [en ligne]. 26 février 2016 [consulté le 24 mai 2016]. https://lappliblog.wordpress.com/2016/02/26/aller-a-la-mediatheque-pour-apprendre-a-programmer/#_edn2

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